
Mon roadtrip m’impose de trouver chaque soir un endroit pour passer la nuit. Généralement, je tente de joindre l’utile à l’agréable en recherchant des lieux inspirants, comme ici au pied de la Chapelle Notre-Dame-des Grâces à Lacapelle-Livron, près de Caylus (82). C’est ici que j’ai croisé Eddy et sa… rutilante motobécane orange !🤩

Alors que j’étais en train de photographier la jolie chapelle dans un splendide panorama naturel, j’entends au loin le bruit singulier et reconnaissable d’une vieille mobylette. M’apercevant, le pilote de l’engin se met respectueusement en attente à quelques mètres de moi afin de ne pas me gêner alors que je cadre le monument. Je déclenche puis lui fais signe de passer.


Etonnamment, le motocycliste installe sa mobylette devant la porte de la chapelle et se met à la photographier. Même si la démarche m’amuse et m’intrigue, l’engin lui m’inspire encore plus. Pour tout vous dire, dès mes 14 ans, j’avais hérité de la mobylette Cady (une Motobécane également) de ma mère. Je l’avais entièrement démontée, pièces par pièces (au grand dam de mon père qui s’était dit que je ne pourrai m’en sortir sans son aide… alors que finalement non !), puis retapé en récupérant divers éléments d’une seconde. Pour finir, je l’avais repeinte en bleu nuit au lieu de son rouge initial (je crois que c’est mon oncle, peintre carrossier, qui l’avait fait pour moi). Elle faisait du 35-40km/h à tout casser. Enfin, sur du plat, avec le vent en arrière. Malgré cela, comme pour conjurer le sort de son atroce lenteur face aux « 103 » qui me grattaient odieusement, j’avais peint sur le réservoir un cheval ailé doré (pâle copie de l’emblème du ReaderDigest), et l’avais surnommé « Pégase » ! On se prend à rêver parfois qu’un simple nom de baptême peut influer positivement sur ses médiocres performances… Donc autant vous dire qu’en voyant cette vieille motobécane, de nombreux souvenirs ont refait surface.

Je m’approche de son propriétaire et, amusé par l’improbabilité de cette rencontre, on se tape la discute. Eddy travaille dans une menuiserie comme magasinier et habite quelques km plus loin. Il a 45 ans. Il a acquis cette mobylette par hasard : un festival de musique sur Villefranche-de-Rouergue organisait entre autre des animations avec de vieux cyclomoteurs. Il a fait partie de ceux qui ont franchi le pas et s’en est acheté un par pur délire. Motard lui-même, il a pris cela comme un amusement. Finalement plusieurs collègues de boulot lui ont emboîté le pas afin de former une sorte de « team » obligeant certains à chiner çà et là pour s’en trouver une. Sympa.
Il m’avoue qu’il en a bavé pour monter la côte. Tu m’étonnes ! Je me rappelle que je devais parfois aider la mienne en pédalant. Car oui, on pouvait aussi pédaler. Il y avait même une position vélo, très pratique, lorsqu’on tombait en panne d’essence ou qu’une pétouille dans le mélange venait boucher l’injection (ou même quand je noyais le moteur en tentant de la démarrer). Eddy et moi y sommes allés de nos diverses anecdotes sur le sujet.

La Motobécane d'Eddy baigne dans son jus. La peinture orange est d'origine. Les chromes sont piqués. C'est probablement ce qui fait aussi son charme et nous rappelle qu'au bout de plus de 50 ans, elle roule toujours. Et fièrement en plus !
Le temps comme à chaque fois s’écoule vite lorsqu’on échange entre passionnés. Attendu chez lui - et comptant sur le temps nécessaire pour s’en retourner avec cet engin - Eddy se saisit de son gros casque, enfourche le cadre en me lançant « j’espère juste qu’elle va bien vouloir démarrer ». Il est vrai que ce paramètre faisait partie de la normalité avec une mobylette. La mienne savait être capricieuse. Trois tours de pédales suffiront et le doux bruit du petit moteur de 50cm cube se fait entendre. Haaaaaa, souvenirs souvenirs…

Un dernier salut amical et, chevauchant son fidèle destrier motobécane orange, je regarde avec nostalgie Eddy s’éloigner - lentement - sur le chemin bordé d’un muret de pierres et d’arbres. Le lieu est magnifique et rajouté au charme de cet instant d’adieu.

En voilà une rencontre fort sympathique. De celle qui vous plonge dans vos souvenirs de gamin. Merci à toi, Eddy, de rejoindre ma série des Gueules de France… au guidon de ta Motobécane !
Nb : Au passage, dois-je préciser que Motobécane est une marque bien française ? => Gueules de France ! :)
Photos réalisées au GFX100sII et 45mm-f/1.2 IRIX











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