LA DEMARCHE
Ce que je cherche n’est pas dans l’apparence, mais dans la rencontre.
Photographier, ce n’est pas simplement figer un visage. C’est tenter de capturer ce que l’on devine, ce que l’on ressent. Chaque portrait que je réalise est le fruit d’un instant partagé, souvent court, mais sincère. Mon regard est celui d’un homme curieux, en mouvement, qui cherche à comprendre l’autre sans le figer, sans le travestir.
PARLONS PHOTO
Photographier les gens, pour de vrai.
Je ne vole pas les portraits. Je les cueille.
Je prends le temps. Je m’installe. Je parle. Et parfois, je déclenche.
Mon approche mêle la spontanéité du reportage à la densité de la photo posée.
J’utilise un appareil moyen format pour sa finesse, sa lenteur bienvenue, sa manière de m’obliger à regarder autrement.
Le noir et blanc s’est imposé : il recentre, il pacifie, il donne au visage une intemporalité presque palpable. Toutefois je ne m'interdis rien, affectionnant la couleur quand elle apporte une dimension singulière, qu'elle se justifie.
Mais ce qui m’importe le plus, ce n’est pas l’esthétique. C’est la présence. Ce qu’il y a de vivant, de brut, de doux parfois, dans les yeux de l’autre.
Je cherche à capter des gens vrais. Pas des personnages. Pas des poses.
Juste des gueules, au sens noble du terme.

Le portrait comme échange, pas comme performance
Je ne vole pas les visages, je les recueille.
Mes portraits sont le résultat d’un lien tissé, parfois fragile, souvent fugace, mais toujours réel. Je m’intéresse davantage à la vibration intérieure qu’au sourire attendu. À cette lumière particulière qui surgit quand une personne se sent vue, sans artifice, avec bienveillance.
J’ai besoin de prendre ce temps ; pour créer la confiance, poser l’appareil, observer, parler.
Le silence aussi, parfois. Il dit beaucoup.
Donner à voir ce qu’on ne regarde plus
Mon ambition : montrer la richesse de ce qui est souvent considéré comme banal.
Une France périphérique, discrète, loin des projecteurs. Des “gueules” comme on n’ose plus en dire, franches, douces, dures parfois. Des histoires de vie pleines d’aspérités, de silences, de beauté.
Ce projet, c’est aussi une manière de résister à l’uniformisation des images.
Là où la société scrolle à toute vitesse, je propose de s’arrêter, de contempler.
D’entrer dans le regard de l’autre. Dans son monde.
Une esthétique au service du vrai
Je travaille essentiellement en moyen format, un choix volontairement exigeant.
Ce format impose un autre rythme : plus lent, plus précis. Il invite à la concentration, à la retenue. La profondeur de champ, le rendu des matières, le grain... Tout concourt à une esthétique sobre et dense, sans tape-à-l’œil.
Mélant au grès des besoins lumière naturelle ou artificielle, réglages manuels, compositions épurées ou travaillées : je laisse néanmoins place à la présence, à la composition de l'être.
Que la mise en scène s'impose ou pas, au final seul subsiste un cadre, une lumière, et... un être humain.
En aparté, quelques détails techniques
PARLONS DEPLACEMENT
Le rythme du terrain, la lenteur du regard
Dans Gueules de France, le déplacement n’est pas qu’un moyen d’arriver : c’est un mode de présence.
La lenteur du camping-car, les détours en vélo, les heures de marche sac au dos… tout cela façonne le regard.
Cela crée des espaces de respiration, de silence, d’écoute. Cela donne le temps aux choses d’apparaître, aux visages de se révéler naturellement.
Marcher dans un village au petit matin, pédaler le long d’un sentier oublié ou stationner trois jours au même endroit, c’est aussi une façon de dire : je suis là, je prends le temps de vous rencontrer.
Pour résumer :
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Un camping-car sert de base mobile pour parcourir les grandes distances et vivre en autonomie. C'est à la fois mon studio, mon atelier, ma maison, et mon traineau magique.
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Un VTT avec remorque permet de rejoindre des lieux plus reculés ou inaccessibles en véhicule. J'aime partir ainsi à l'aventure, en mode minimaliste. Le trekking facilite le contact et donne des opportunités de rencontre insoupçonnées.
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Et parfois, tout simplement… la marche. Sac sur le dos, bivouac et appareil photo en bandoulière. Là, ça plaisante plus !

PARLONS RENCONTRE
Une galerie d’âmes...
Au cœur de Gueules de France, il y a les rencontres humaines, celles qui laissent une trace, un regard, un silence, une parole.
Ce projet ne cherche pas des visages “photogéniques” au sens classique, mais des figures singulières : connues, méconnues ou totalement inconnues, des personnalités qui portent en elles une histoire, une intensité, une présence.
Une “gueule”, c’est plus qu’un physique. C’est une façon d’habiter le monde.
Cela peut être une ancienne ouvrière, un jeune berger, une artisane, un poète du quotidien, un solitaire qui parle avec les arbres, un ado philosophe, ou tout simplement quelqu’un qui, à sa manière, représente une facette vivante de notre société.
Certaines rencontres naîtront du hasard. D’autres me seront proposées, suggérées.
Si vous pensez à quelqu’un qui “a une gueule” dans ce sens-là, n’hésitez pas à me le faire savoir.
Mais attention : cette démarche ne doit jamais être intéressée. Il ne s’agit pas de “placer” un proche, ni d’imaginer que l’on peut “acheter sa place” dans le projet. Le choix reste libre, instinctif, et subjectif.
Et parfois, mais cela restera exceptionnel, c’est un duo, voire un petit groupe, que je choisirai de photographier ensemble.
Parce que leur lien est si fort, si indissociable, qu’ils forment à eux seuls une seule et même gueule plurielle.
Un couple, des frères inséparables, un binôme de vie, un noyau d’âme.
Ça n’arrivera pas souvent. Mais quand ça arrivera, ce sera une évidence.

Le pari de l’auto-financement
Au départ de cette aventure, il n’y a ni sponsor, ni subvention, ni mécène officiel. Il y a une volonté : celle de faire émerger un projet artistique libre, affranchi des contraintes commerciales ou institutionnelles. Un projet porté à bout de bras, de cœur et de temps, par un seul photographe un peu têtu.
Le point de départ de “GUEULES de France”, c’est un investissement personnel : financier, logistique, matériel, émotionnel. C’est un pari – celui que cette idée un peu folle d’aller à la rencontre des visages de France, de leurs histoires, de leurs regards, mérite qu’on prenne un risque.
Mais ce risque, je ne le prends pas seul. Car ce projet se nourrit aussi de la force de l’entraide, de la générosité spontanée, du bouche-à-oreille, des petits coups de main ou de pouce qu’on ne voit pas toujours… mais qui comptent énormément.
C’est pourquoi une page « Soutenir » existe. Non pas comme un appel à l’aide, mais comme une porte ouverte à celles et ceux qui veulent contribuer, à leur manière, à faire vivre ce voyage photographique. Pour qu’il dure, pour qu’il aille loin, pour qu’il touche le plus de monde possible. Et surtout, qu'il aboutisse au partage.


