
Rencontre du - Saint-Gengoux-le-National (71)
Non. Ce n’est pas sa casquette « Mon papa, super héros» qui a attiré mon attention. Mais plutôt sa longue barbe blanche, et surtout son regard clair, dans lequel transparaît une profonde gentillesse.
Assis près de la fenêtre, je prends un café dans un lieu atypique du village médiéval de Saint-Gengoux-le-National : les Pieds Bleus. Les deux filles à la tête de l’établissement, installées une table peu plus loin, font le point sur les commandes à venir quand Charly fait son entrée. Une figure locale. Il est suivi d’un ami. Tous deux s’installent au bar, sirotent une bière en papotant.

Son visage capte toute mon attention. Pour un portraitiste comme moi, c’est un sujet magnifique.
Charly est l’un des tout premiers clients du lieu, ouvert il y a presque un an. Ce restaurant bio et végétarien fait aussi office de bar, salon de thé et épicerie. Il est devenu, au fil des mois, un véritable point de vie du village. La décoration, chaleureuse, oscille entre vintage et contemporain. On s’y sent bien.
Charly m’explique qu’il travaille encore dur. Chaque jour, il doit se rendre à Chalon-sur-Saône, à près de 30 kilomètres, où il occupe le poste de contrôleur sur les chaînes de production de laine de verre à l’usine de Saint-Gobain. J’observe sa barbe fournie, blanche, toute enchevêtrée, et ne peux m’empêcher d’y voir une étrange résonance.

Il a toujours vécu à Saint-Gengoux. Enfin, presque. Après l’armée, il a travaillé un peu plus de dix ans à Saint-Brieuc. Il y a fondé une famille, tenu un café, puis tout revendu à un ami avant de revenir en Bourgogne.
Breton d’adoption, il aime dire que ses racines sont restées là-bas. Ne dit-on pas que l’océan ne vous quitte jamais ?
Au fil de la discussion, une autre facette se révèle. À ses débuts, il a été ferronnier d’art. Je comprends mieux cette sensibilité que j’avais perçue en l’écoutant parler, en croisant ce regard d’un bleu profond. Puis il évoque sa fille. Fier, il m’explique qu’elle vient de terminer sa formation de photographe. Passionnée, au point de collectionner les appareils, anciens comme récents. Je lui fais remarquer l’inscription sur sa casquette « Mon papa, super héros ». Un cadeau, me dit-il. Ses yeux se mettent à briller.


Par moments, il sort fumer une cigarette. Une habitude qui, avec le temps, a teinté ses doigts et le haut de sa moustache d’une nuance orangée. Il me confie avoir fumé la pipe autrefois. C’était pratique, dit-il, ça lui réchauffait les mains.
Je pourrais l’écouter des heures raconter sa vie.
Il attend désormais la retraite pour se poser. Cela ne devrait plus tarder. Et il sait déjà qu’il repartira en Bretagne.
Je plonge une dernière fois mon regard dans le sien.
Ses yeux bleus reflètent déjà l’océan.
Photos réalisées au moyen-format FUJIFILM GFX100sII


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