
Rencontre du - La Rochepot (21)
En traversant le village de La Rochepot, sur le bord de la route, mon attention est attirée par un vieux hangar baignant encore dans son jus. Ses deux grandes portes orange sont entrouvertes. Fasciné, je m’arrête.
L’envie de photographier la façade de ce vieux garage, sur laquelle trônent encore les lettres « Garage P. Blanchet », est plus forte que tout. Alors que je m’y affaire, je crois reconnaître le maître des lieux. Je l’aborde. Il s’appelle Henri.

Le garage appartient toujours à la famille Blanchet. Le fameux Blanchet, celui-là même qui possédait, quelques kilomètres plus loin, la mythique station-service de Bel-Air.
Sur la Nationale 6, axe incontournable entre Paris et Lyon, la station-service de Bel-Air - qui faisait également office de garage - voyait passer, et surtout s’arrêter, une grande partie du trafic. On y faisait le plein, on y mangeait pas loin, mais surtout, on y laissait refroidir des mécaniques mises à rude épreuve par la montée. Beaucoup n’allaient pas plus loin.
Blanchet avait flairé le bon endroit, entre plein d’essence, étape cruciale, et pannes mécaniques.

Henri, lui, y était. Mécanicien à ses débuts, il fait partie de ceux qui ont baissé le rideau pour la dernière fois. Puis l’autoroute A6 est arrivée, détournant le flot et condamnant peu à peu le lieu.
Il en parle sans détour, presque comme on évoque une époque plus qu’un souvenir.
Son parcours, ensuite, s’est construit ailleurs, au fil de plusieurs métiers. Aujourd’hui, quelques soucis de santé l’ont contraint à lever le pied.
Le vieux hangar de La Rochepot, lui, tient encore debout. La famille Blanchet lui laisse l’usage des lieux. À l’intérieur : un vieux tracteur, du bric-à-brac, de l’outillage, un établi, quelques machines d’un autre temps…

Tandis qu’il parle, mon regard s’arrête sur son avant-bras. Un tatouage.
Une bêtise de jeunesse, me dit-il, à l’armée, à l’approche de la quille. Aucun souvenir précis, si ce n’est qu’il s’est réveillé avec. Il sourit. Moi aussi.

En m’éloignant, je jette un dernier regard à ce hangar posé là, à l’entrée du village. Henri en est désormais le gardien.
Une petite plaque, discrète, rappelle son lien avec le garage de Bel-Air.
Je me plais à croire que son tatouage représente un trèfle à quatre feuilles plutôt qu’une fleur. Ce qui expliquerait pourquoi, par le plus grand des hasards, nous avons eu la chance de nous croiser.
Merci Henri pour ce moment d’échange avant de reprendre la route.
NB :Le garage de Bel-Air (à 2 km de là), aujourd’hui restauré avec soin, est devenu un lieu incontournable pour les amateurs de voitures anciennes. Une association locale (AOC) le fait vivre en organisant, chaque deuxième samedi du mois entre avril et octobre, des rassemblements thématiques. À ne pas rater ! »
Photos réalisées au moyen-format FUJIFILM GFX100sII


Merci Dominik pour la présentation de cette figure locale.
Je suis maintes fois passé par La Rochepot, ou m’y suis arrêté, mais évidemment, on fait davantage attention au château (et son triste devenir) qu’à cette porte de hangar.
Promis, j’y ferai plus attention une prochaine fois et, qui sait peut-être rencontrerai-je le sieur Blanchet en question !
Quant à l’interview sur regarde.fr, très intéressante…
Bonne suite pour le projet.