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#017 – Laurent, aux mains d’argent

#017 – Laurent, aux mains d’argent

17 avril 2026

Rencontre du - Saint-Gengoux-de-scissé (71)

À quelques minutes au nord de Mâcon, la route s’efface doucement dans les vignes. C’est là, à Saint-Gengoux-de-Scissé, que Laurent, styliste-modéliste, a choisi de créer. Loin des vitrines, loin du tumulte. Chez lui.

À peine arrivé, le chien OSLO déboule. Accueil sans filtre. Derrière lui, dans la cour, Laurent bombe un buste de mannequin usagé en rouge. Il vient à ma rencontre. Ouvre le portillon. Barbe grisonnante parfaite, regard d’acier, piercing sur le sourcil gauche, son élégance naturelle est saisissante.

Tout semble paisible. Et pourtant.

On se pose. Je lui demande de remonter loin, très loin, à la source de sa passion.

Laurent, Bordelais, est natif du bassin d’Arcachon. Le déclic ? Une robe. La première. Pour lui. Lors d’une soirée inversée à l'Ile de Ré, Lors d'un travail saisonnier, où chacun « homme/femme » devait changer de rôle. Il ne s’est pas déguisé. Il a créé.

Passage par Paris, pour ses études, retour à Bordeaux, puis une reconversion en stylisme-modélisme.

Et puis il y a eu cette rencontre furtive à Paris avec Hubert de Givenchy. Quelques secondes à peine. Pas un mot ou presque. Mais parfois, ça suffit à faire basculer une trajectoire.

Le reste s’écrit à deux.

En 88, à la recherche d’un job,  Laurent devient étalagiste, puis chef-décorateur pour l’enseigne Habitat. Thierry - son compagnon d’aujourd’hui - aussi. Ils ne se connaissent pas encore mais se croisent (enfin… surtout Laurent, qui l’avait déjà remarqué). Puis s’attachent. L’un à Bordeaux, l’autre à Lyon, durant sept ans à distance… et une évidence qui résiste.

Le stylisme, lui, ne quitte jamais Laurent. Il crée en parallèle, presque en silence. Jusqu’à cette robe de mariée, en 1995, pour une amie. Une commande. Un tournant.

Deux ans plus tard, il quitte tout pour rejoindre son amoureux. Direction Mâcon. Dans la maison familiale. Très vite place St-Pierre, il ouvre sa première boutique "Laurent Crépeau". Quinze jours après, une première cliente. Puis une autre. Et le bouche-à-oreille fait le reste.
La boutique se déplace sur les quais de Saône, près du pont St-Laurent (sic). Elle intrigue, détonne dans ce coin de Bourgogne peu habitué à ce genre d’extravagance. L’univers est à part. Un peu irréel. Presque théâtral. Laurent ne suit pas les tendances, il les contourne, les affirme. 

Au début des années 2000, il lance ses premières collections, organise des défilés dans des lieux inattendus des environs. Les mannequins ? Des proches, des clientes. 

En 2009, lors d’un des premiers défilés signés « Laurent Crépeau » pour le Téléthon (qu’il continue à honorer aujourd’hui), une jeune fille qui avait déjà participé à des shooting de ses collections attire l’attention. Elle s’appelle Marine Lorphelin. Miss Bourgogne, puis… Miss France. Et quelques temps plus tard, ce sont les robes de Laurent qui passent à la télévision, devant des millions de regards. Une consécration.

Pendant plus de quinze ans, il accompagnera avec humilité les candidates du comité Miss Bourgogne. Toujours avec la même exigence. Et cette signature reconnaissable entre toutes.

Car Laurent ne fait pas dans le conventionnel. Enfin… pas dans ses créations.

Plumes, cuir, dentelle, jean. Il mélange, détourne, assemble, ose l’impensable. Il chine, transforme, réinvente. L’extravagance n’est jamais gratuite. Elle est maîtrisée. Ajustée à celle ou celui qui portera la pièce. Perfectionniste jusqu’au bout, il va jusqu’à suivre une formation de plumassier afin de pouvoir maîtriser l’art d’utiliser les plumes dans ses créations.

Puis un jour, tel un livre, il referme la boutique.

Retour à l’essentiel.

Aujourd’hui, tout se passe ici. Dans cette petite maison de pierre de village, entourée par les vignes. Il y a bien eu une parenthèse aux « Remises Mâconnaises » ces dernières années, espace dans lequel il a exposé ses créations mais aussi des tableaux en volume peuplés de Playmobil revisités… mais Laurent est revenu là où tout fait sens : chez lui.

Dans son atelier, le temps s’accroche aux murs. Des pots débordent de boutons, les étagères de tissus ou de chaussures relookées, les portants de bijoux oubliés. Il tire un rideau. Dans la pénombre, des dizaines, que dis-je, des centaines de robes apparaissent. Alignées. Silencieuses. Endormies. Mais pas pour longtemps…

Thierry, sa moitié, n’est jamais bien loin. Il veille, le regard complice, en soutien constant. Gardien de la bonne humeur, malicieux à souhait. Leur univers est commun. Chaque objet, chaque centimètre carré semble raconter leur histoire. Une histoire faite de patience, de sensibilité, de confiance, d’amour et d’un équilibre rare.

Laurent, la soixantaine passée, continue de créer. Pour des mariées, bien sûr. Mais aussi pour celles et ceux qui cherchent autre chose. Du sur-mesure. Du singulier. Une façon d’habiter le vêtement autrement, où l’élégance devient un art de vivre..

En repartant, le buste rouge aux traces dégoulinantes trône toujours dans la cour. Comme une balise.

On s’embrasse.

Le portail se referme. Un dernier regard vers la maison.

Quelques signes çà et là trahissent pour qui sait les voir la singularité des occupants. Mais rien qui ne crie. Mis à part peut-être une petite plaque, transparente, sur laquelle on peut lire « Laurent Crépeau, robe de mariée - corset - robe du soir ».

Et derrière ce portail, il y a un monde.

Celui de Laurent Crépeau. Un styliste qui n’a jamais vraiment cherché la lumière… mais qui n’a jamais cessé de la fabriquer pour les autres.


Contact :

Atelier Laurent Crépeau
60 Bonzon, 71260 Saint-Gengoux-de-Scissé
06 73 38 37 15
[Instagram]

Photos réalisées au moyen-format FUJIFILM  GFX100sII (et x100vi)


Un bref aperçu de ses créations :

5 thoughts on “#017 – Laurent, aux mains d’argent”

  1. Quel beau portrait !!! Plein de poésie, de bonté et de générosité … Merci à toi Dominik qui a su capté la magie et l’amour de mon créateur de mari … c’est avec une belle impression et en lisant j’ai fini par être submergé par tant d’émotions !!! Les émotions ne se fabriquent pas , elles se vivent … merci pour cette magie que tu possèdes toi aussi dans la qualité de tes photos , tes portraits et ce don que tu as de capter cette beauté d’âme que peu de gens ne distinguent … juste je te love ❤️🙏🏼☀️

  2. Un immense merci pour votre regard si juste et si humain, vous révélez la beauté des gens avec une sensibilité rare, Merci pour ce magnifique travail : vous savez capter l’âme des personnes et la partager avec tant d’émotion.!

  3. whaouuuu quel portrait une énorme émotion m envahit à sa lecture et des photos superbes !
    je suis fier du parcours de mon cousin …

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